| Artxibo OCR | ■ La mobilité de l'apnès-CQVID / Avril 2020
Crise du COVID : des perturbations et des défis inédits
pour la mobilité d’aujourd’hui et de demain
Si beaucoup de choses ont été dites et analysées sur la crise
sanitaire que nous vivons et sur les effets drastiques qu’elle a
eus sur notre mobilité quotidienne en raison du
(semi-)confinement, ce n’est que depuis quelques jours que
nous commençons à appréhender la situation de l’après-crise
en matière de mobilité. Des initiatives apparaissent, çà et là, par
exemple sous la forme de réaménagements (temporaires ?
pérennes ?) d’axes routiers pour favoriser la mobilité active dans
nos villes. Une réponse spontanée et salutaire, mais suffisante ?
A quels défis serons-nous confrontés pour garantir
l’accessibilité au quotidien de la population durant la période de
déconfinement et au-delà ? Le retour à la normale ne semble pas
être pour demain ni forcément souhaitable, d’ailleurs. Il pose
donc une question cruciale : « quelle mobilité mettre en place à
l’avenir ? ».
Un collectif au sein de Transitée s’est rapidement lancé dans des
réflexions en lien avec cette crise, avec pour but d’identifier les défis et
les méthodes à adopter en jouant notre rôle d’experts-consells en
mobilité dans cette situation totalement Inédite. Les réflexions qui
suivent ne sont qu’une première ébauche de la perception que nous
pouvons avoir aujourd’hui de la situation de ces prochaines semaines
et prochains mois. Cet exercice nous Impose une très grande humilité,
tant les Incertitudes sont grandes. L’expérience de ces dernières
semaines nous le montre de manière éclatante. Néanmoins, ¡I nous
semble utile d’esquisser aujourd’hui déjà les quelques défis auxquels
nous pourrions être confrontés dans les temps à venir.
La crise sanitaire dans un premier temps, mais également économique
dans un deuxième, a eu des Impacts brusques sur notre mode de vie.
Durant plusieurs semaines, la mobilité de tous les Individus a subi un
freinage d’urgence, avec des effets à nuancer selon les territoires (plus
ou moins confinés) et les modes de transports (baisse plus marquée
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pour les transports publics quasi réduits à zéro que pour le trafic
Individuel et la mobilité douce). Il est probable que même en cas de
déconflnement progressif, avec une mobilité qui remonte corollalrement
à la reprise des activités économiques et sociales, une contrainte très
forte reste d’actualité : la distanciation sociale. Celle-ci aura des Impacts
très forts et très durs à la fols sur l’usage de certains véhicules
(transports publics surtout, éventuellement co-volturage et taxis), mais
également sur l’espace public. Comment allons-nous gérer des
équipements (commerces, Interfaces de transports, etc.) qui
fonctionneront avec des débits d’écoulement largement diminués ?
Comment garantir les distances Interpersonnelles dans les flux, mais
également comment gérer les files d’attente dans nos rues ? Les
perturbations engendrées seront potentiellement très Importantes :
perte d’attractivité et d’efficacité des transports collectifs, attractivité
réduite des villes, là où se concentraient avant bon nombre d’activités
professionnelles ou de loisirs.
Le report sur la voiture pourrait être un effet secondaire Inévitable.
Toutefois, ce report comportera de très gros risques, assez évidents à
prévoir :
fonctionnellement, les flux de personnes transportées en transport
collectifs ne pourront pas tous être reportés sur nos routes,
souvent déjà largement congestionnées dans nos aires urbaines.
■ socialement, tout le monde ne possède pas et/ou ne peut
posséder un véhicule privé : certaines catégories de population
vont se retrouver clairement pénalisées, voire délaissées. Certains
territoires (notamment les banlieues et le périurbain) seront très
touchés par la nouvelle situation.
envlronnementalement parlant, les risques sont naturellement
d’accroître les pollutions sonores et atmosphérique et de renforcer
les émissions de CO2, alors que les mesures de confinement
auront très certainement permis à de nombreuses personnes de
prendre conscience des conséquences négatives du trafic
automobile sur l’environnement local et global.
TRANSÍTEC
■ La mobilité de l’apnès-COVID / Avril 2020
Une contrainte forte durablement présente pour la mobilité
perte d'attractivité et d'efficacité des TC et du co-voiturage
attractivité / fonctionnement des villes entravés
l
► espaces publics
temporairement déchargés
retour à la normale lent et
progressif
La nécessité d'une ?ponse plurielle à la
question de l'accessibilité de la population
Réduire et décaler la mobilité
Modifier les parts modales
] Gérer différemment les réseaux et l'espace public
Risques
► report sur le trafic
individuel motorisé
► forte pénalisation de
certaines catégories
de populations et de
territoires
A Pas acceptables
• fonctionnellement
• socialement
• environnemen-
talement
Figure 1 -La crise COVID et ses effets
Ces risques ne sont clairement pas acceptables et doivent être
anticipés !
La crise que nous vivons, comme toute crise, apporte, en parallèle aux
impacts violents qu’elle induit, des opportunités qui seront
probablement précieuses dans les mois à venir :
■ le télé-travail a acquis ses lettres de noblesse et se retrouve
clairement crédibilisé ;
on assiste à une rupture des habitudes, une sorte d’électro-choc
social, toujours propice à prendre du recul sur ses propres
comportements passés et à requestionner l’avenir ; des choix
politiques peut-être plus audacieux deviennent alors possibles ;
les espaces publics ont été rapidement et largement déchargés
depuis quelques semaines par le trafic. Pourquoi ne pas en profiter
?
le retour à la normale ne se produira que progressivement, ce qui
laisse le temps de planifier certaines mesures et de procéder à des
adaptations progressives le cas échéant.
A la mesure des perturbations potentielles et des défis que cela pose, il
est probable que ce n’est pas UNE réponse, mais une multitude de
réponses qu’il faudra apporter. Seule une combinaison de ces leviers
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d’actions sera de nature à nous permettre d’éviter un collapse social et
économique lié à la mobilité :
■ 1. Réduire la mobilité et/ou lisser les pointes ! Agir à la source
pour éviter une mobilité encore moins gérable qu’avant aux heures
de pointe.
■ 2. Modifier, peut-être en profondeur, les parts modales, en
recourant aux modes de transports qui permettent à la fois la
distanciation sociale et la garantie d’une accessibilité durable à la
population !
■ 3. Gérer différemment les réseaux de transports et l’espace
public : en optimisant leur efficacité, mais en mettant en œuvre
également de nouvelles mesures permettant de répondre à de
nouveaux besoins.
Réduire et décaler la mobilité
► Eviter !
i Décaler !
■ Délocaliser !
I Déléguer !
ÍÍ---------------------------------
A plus long terme
► vers une ville des courtes distances
► nouveaux modes de consommation
et de loisirs
Modifier les parts modales
► valoriser au maximum les
modes doux, notamment le vélo
¿h limitó aux dóplacomonts do courte
et moyenne distance, pas adapté
à tous los usagers
► maîtriser/éviter le report sur la
voiture
► soutenir les transports en
commun
Gérer différemment les
réseaux et l'espace public
► à court terme, savoir gérer les
files d'attente sur l'espace public
► transformer l'usage de l'espace
public en faveur des vélos et des
piétons
CM es a ti4
*■ t
► redimensionner et gérer l'offre
TC, compte tenu de la
déconcentration
► gérer le e-commerce et ses
conséquences sur l'espace
public et la logistique
4
Télétravail
V______53
Décalage
d" horaires!
► Pas de mesure-miracle ! Des réponses plurielles ► Des défis exigeants
► Vers un système de mobilité plus robuste et surtout *ure aa'lité a °°urtterrne
plus résilient ! * une ^or*e vo/onfé politique pour anticiper le temps long !
Figure 2 - Trois leviers d’action
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Réduire et décaler la mobilité !
Qui dit « démobilité » aux heures de pointe, ne dit pas encore s’il évite
la mobilité, ¡I la décale dans le temps, ¡I change de destination ou ¡I la
délègue à d’autres (par exemple à un service de livraison ou de service
à domicile). Dans tous les cas, le télétravail et l’ensemble des contacts
sociaux qui auront pu trouver une forme dématérialisée permettront d’y
contribuer. Pourquoi ne pas espérer que tout individu se mette à ne
retenir que la mobilité indispensable et qu’il renonce, du moins
partiellement, à celle qui est peut-être évitable aujourd’hui, voire
carrément superflue ? Ou pourquoi ne pas imaginer des pendulaires qui
évitent les heures de pointe en travaillant partiellement à la maison ?
A plus long terme, mais cela implique également une action forte en
matière d’urbanisme et d’aménagement du territoire, ¡I sera judicieux de
renforcer la possibilité de mettre à disposition de la population une ville
dite des « courtes distances », où la marche à pied ou le vélo doivent
permettre d’accéder à l’essentiel des activités et services. Dans les
pays qui ont imposé un tel confinement, l’expérience de vivre pendant
des semaines dans une bulle fictive limitée à un rayon de 1 km autour
de chez soi permet de prendre conscience de la qualité de son lieu de
vie et de ses limites : puis-je consommer, me restaurer, me divertir dans
une zone « marchable » autour de chez moi ? Nul doute que des
nouveaux modes de consommation en découleront. Autant privilégier
ceux qui réduiront au maximum la mobilité.
Modifier les parts modales
Qui dit maîtriser le risque de report sur la voiture en sachant que les
transports collectifs ne pourront pas (en tout cas temporairement) jouer
leur rôle structurant dans nos agglomérations, dit bien entendu « vélo »
! Alors oui, le vélo a de beaux jours devant lui et il sera nécessaire d’en
faire encore plus que prévu pour lui donner sa vraie place au sein de
nos villes.
Mais regarder la situation en face nous montre que le vélo ne répondra
pas à tous les besoins, loin s’en faut malheureusement. Les
déplacements au-delà d’une certaine distance (même avec des vélos à
assistance électrique) ne pourront pas se faire à vélo et les personnes
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âgées ou handicapées par exemple, seront mises à l’écart si le vélo est
l’unique solution proposée.
Un bouquet multimodal de mobilité restera nécessaire, même s’il
s’agira de le faire évoluer. Le soutien aux transports collectifs pour leur
permettre de remonter la pente sera primordial.
Gérer différemment les réseaux et l’espace public
Optimiser les réseaux de transports et l’espace public : voilà
probablement l’un des champs d’action les plus importants à mettre en
œuvre rapidement.
A très court terme, des questions assez inédites vont se poser avec la
gestion des files d’attente dans des lieux parfois limités voire étriqués :
commerces, interfaces de transports (du simple arrêt de bus aux gros
pôles de centres-villes). Les contrôles d’accès étaient généralement
prévus pour le trafic, il s’agira maintenant de les prévoir localement pour
les piétons !
Pourquoi ne pas tirer parti du délaissement des espaces publics urbains
par la voiture pour les réattribuer aux vélos et aux piétons,
temporairement ou même durablement ? Evidemment que toute
initiative dans ce sens ne peut conduire qu’à une amélioration de la
qualité de déplacement et de vie dans nos villes. Bon nombre
d’expériences sont en cours depuis quelques semaines dans le monde
ou sont planifiées pour les jours et semaines à venir. L’exemple tout
récent de Bruxelles qui va transformer toute sa partie centrale (400
hectares) en zone de rencontre pour faciliter le déconfinement est
remarquable ('https://www.lesoir.be/295743/article/2020-04-
20/pentaaone-bruxelles-une-zone-20-avec-pietons-et-cvclistes-
prioritaires). Mais ¡I ne doit s’agir que d’une solution parmi d’autres.
Des défis Immenses attendent les exploitants de transports publics
pour rendre attractifs et sûrs sanitairement parlant les offres de
transports collectifs. Comment passer de systèmes qui
dimensionnaient leurs pointes avec 4 personnes par mètre carré à une
situation où la distance entre individus doit être dans l’Idéal d’un à deux
mètres si le port de masques ne s’impose pas ? L’efficience des
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transports en commun sera forcément réduite et leur capacité à écouler
en section et aux interfaces les flux « d’avant » largement compromise.
La question des espaces de livraison et des hubs dans les villes, en
réponse à l’explosion du commerce en ligne fera partie des autres défis
qui seront à coup sûr à gérer.
Et ne perdons pas de vue le blg-data et les nouvelles technologies qui
peuvent, si elles sont appliquées dans le respect des prescriptions de
protection des données personnelles, apporter un soutien précieux au
monitorage des mesures et de leurs effets.
Quelle conclusion provisoire ? Comment continuer ?
Il n’existe pas de mesure-miracle pour venir à bout du dérèglement
Inédit qui nous attend. Seule une combinaison de mesures et une
politique conjointe agissant sur la « démoblllté », le « report modal » et
« l’optimisation des réseaux » sera à même d’apporter de vraies
réponses. Il faut donc aller au-delà des effets d’annonce pour des
mesures certes utiles (dans un contexte d’urgence de mise en œuvre)
et attractives, mais qui ne répondent qu’à une petite partie du
problème. Il est Important de constater en outre que les efforts
nécessaires pour déployer une politique cohérente seront à chercher à
tous les niveaux décisionnels des pays (du niveau national au niveau
local), ainsi qu’en Impliquant également les entreprises privées. Car en
effet, comment agir à la fols au niveau du télétravail, des réseaux de
transports nationaux, de l’espace public de nos villes sans Impliquer
tous ceux qui participent à son fonctionnement ? Tout le monde doit se
sentir concerné et c’est ce qui en fera peut-être sa difficulté aussi.
Chaque contexte, chaque territoire comporte ses spécificités et ce n’est
qu’en abordant avec méthode et cohérence la situation qu’il sera
possible de gérer au mieux la mobilité de l’après-crlse, en y répondant
généralement avec parcimonie. Car en effet, ne perdons pas de vue
que les pouvoirs publics auront, ces prochains mois, d’autant moins de
moyens et d’énergie à mettre dans la mobilité, qu’elle aura bien d’autres
tâches à assurer, tant sur le plan sanitaire que celui du soutien à une
économie fortement ébranlée.
Aujourd’hui, et comme exprimé au début de cet article, c’est l’humilité
qui doit nous guider. L’humilité de reconnaître que nous nous trouvons
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dans une situation d’incertitudes profondes. Il s’agira de concilier à la
fols une démarche agile et tactique sur le court terme (des mesures à
mettre en œuvre à concevoir et expérimenter au fur et à mesure) mais
aussi, en parallèle, de définir un cap pour le long terme, en tenant
compte des nouvelles caractéristiques qui nous contraignent et en
anticipant des nouvelles orientations (via notamment un monitoring
permanent de l’évolution des pratiques). Cette double démarche nous
semble essentielle pour tirer parti de la crise et profiter, pourquoi pas,
d’accélérer la mise en œuvre de mesures permettant une accessibilité
multlmodale plus durable à l’avenir.
L’approche décrite dans cette note guidera les analyses et les
propositions des consultants de Transitée dans les prochains mois, en
oscillant entre planification à long terme et mesures opérationnelles à
court terme. Ce travail, à mener nécessairement en collaboration avec
tous ceux qui font la ville et agissent sur nos modes de vie, aura un rôle
essentiel pour sortir positivement de cette crise.
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